1. À l’occasion du 36e sommet franco-italien, organisé le 25 juin 2026, nous célébrons l’amitié, ancrée profondément dans l’histoire et la géographie, qui lie la France et l’Italie et dont témoigne le Traité entre la République française et la République italienne pour une coopération bilatérale renforcée, dit « Traité du Quirinal », signé le 26 novembre 2021.
2. Le Traité du Quirinal est la pierre angulaire de nos relations et constitue un instrument essentiel pour le renforcement de notre coopération au bénéfice de nos pays et de nos peuples ainsi qu’au bénéfice de l’avenir et de la prospérité de l’Union européenne (UE) et du continent européen.
3. Confrontés à de multiples problématiques, nous réaffirmons notre volonté commune de parvenir à une Europe plus unie, souveraine, démocratique, résiliente et compétitive. À cette fin, nous approfondirons notre coopération bilatérale toujours étroite, notamment dans les domaines politique, économique, agricole, social, éducatif, scientifique et culturel ainsi que dans les
secteurs industriels et innovants stratégiques pour l’avenir de nos pays et de l’UE.
4. Nous réaffirmons notre volonté commune de renforcer les liens entre la France et l’Italie, notamment en ce qui concerne les générations à venir, et d’exploiter encore toutes les possibilités offertes par le Traité du Quirinal.
Programme géopolitique
5. Dans un contexte géopolitique difficile marqué par le retour de la guerre sur le continent européen avec la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine et caractérisé par de nombreuses crises dans notre voisinage et un accroissement des menaces hybrides, nous réaffirmons notre attachement à un ordre international fondé sur des règles de droit et notre volonté d’approfondir encore la coopération franco-italienne en matière de politiques étrangère, de sécurité et de défense dans tous les secteurs. Cette coopération sera renforcée aux niveaux bilatéral, européen et multilatéral, dans tous les cadres pertinents Comme les Nations Unies, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le G7, le G20, la Communauté politique européenne ou le groupe E5.
6. Nous réaffirmons notre soutien à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues. En coordination avec les partenaires et alliés affinitaires, nous continuerons de fournir à l’Ukraine et au peuple ukrainien un soutien politique, financier, économique, humanitaire, diplomatique et militaire complet, notamment en appuyant le relèvement et la reconstruction du pays.
7. L’attitude impérialiste actuelle de la Russie fait peser une menace directe sur le continent européen tout entier, et son Agression contre l’Ukraine a sérieusement compromis la sécurité et la stabilité de toute notre région. C’est pourquoi l’Europe a un rôle clé à jouer au profit d’un futur règlement et dans la défense de ses intérêts en matière de sécurité. L’Ukraine a prouvé à
de nombreuses reprises qu’elle était prête à entamer des négociations constructives, et la Russie doit en faire autant. À cette fin, et pour contraindre Moscou à s’asseoir à la table des négociations, nous sommes déterminés à exercer la plus forte pression possible sur la Russie en adoptant des trains de sanctions supplémentaires, en mettant pleinement en œuvre les sanctions
déjà adoptées et en luttant contre tout acte de contournement. Nous sommes déterminés à cibler les revenus énergétiques de la Russie et à entraver son secteur financier, notamment son système bancaire ou l’utilisation des crypto-actifs. Nous renforcerons notre coopération opérationnelle dans la lutte contre la flotte fantôme de la Russie. Une paix juste et durable fondée sur les règles fondamentales du droit international est la seule issue acceptable à la guerre en cours.
8. La stabilité, la sécurité et le développement de la Méditerranée demeurent une priorité stratégique commune de nos deux pays. Dans ce contexte, nous soutenons le Pacte pour la Méditerranée, en mettant l’accent sur le renforcement des relations entre l’UE et ses partenaires du Sud de la Méditerranée grâce à un cadre pratique de coopération fondée sur la confiance mutuelle, la responsabilité conjointe et le pilotage commun. En promouvant la connectabilité, la résilience et la croissance solidaire, nous appuierons le Pacte, à la fois dans le développement de notre coopération bilatérale et au moyen d’actions conjointes au niveau de l’UE, afin de faire face aux problématiques communes tout en contribuant à la stabilité à long terme et à la prospérité commune dans toute la région méditerranéenne.
9. Tout en œuvrant à la sécurité et à la stabilité, nous plaidons pour une approche inclusive qui associe prévention, endiguement et résolution des crises et des conflits avec la promotion d’un plan d’action positif et ambitieux. Nous soutenons le développement économique, qui constitue un instrument essentiel de la promotion de la paix et de la stabilité dans la région, en portant une attention particulière à l’emploi des jeunes, à la formation professionnelle, à la gestion durable des ressources en eau, à la sécurité alimentaire et à la transition énergétique, tout en renforçant la coordination avec les pays partenaires de la Méditerranée, les institutions financières internationales et le secteur privé. Ces efforts s’appuient sur les cadres du partenariat
euro-méditerranéen et sur l’engagement pris par l’UE vis-à-vis de son voisinage méridional, qui constituent des piliers de la prospérité et de la stabilité régionales.
10. S’agissant de la situation au Moyen-Orient, nous soulignons l’importance de l’atténuation des effets du conflit sur les partenaires régionaux, les populations civiles et les infrastructures essentielles ainsi que la nécessité de coordonner les efforts d’aide humanitaire. Nous rappelons que la diplomatie est le seul moyen d’apaiser les tensions et d’obtenir une solution durable pour mettre fin aux hostilités. Nous saluons la signature d’un mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran et nous œuvrerons avec nos partenaires européens et régionaux à soutenir un règlement diplomatique à long terme qui garantira que l’Iran n’obtiendra jamais l’arme nucléaire. Nous sommes déterminés à jouer notre rôle dans la restauration permanente d’une
navigation libre et sûre dans le détroit d’Hormuz. Tout arrangement régissant la navigation dans le détroit d’Hormuz doit être conforme au droit de la mer et doit être adopté conformément aux procédures applicables de l’Organisation maritime internationale (OMI). Nous demeurons unis dans notre attachement à la solution à deux États pour Israël et la Palestine, et nous sommes fermement convaincus qu’il s’agit de l’unique moyen de permettre aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre côte à côte dans la paix, la sécurité et la dignité, à l’intérieur de frontières sûres et reconnues, et de garantir la paix et la stabilité pour tous dans la région. Nous continuerons de soutenir conjointement les efforts déployés par les autorités libanaises pour rétablir leur pleine souveraineté sur l’ensemble du territoire libanais, notamment grâce au monopole de l’État sur les armes et l’usage de la force. À cette fin, nous soutiendrons la création d’une mission de politique de sécurité et de défense commune au Liban
à l’automne 2026, qui œuvrera avec tous les acteurs concernés, notamment le Comité technique militaire pour le Liban, et sera compatible avec les initiatives bilatérales dans le pays. Nous soutenons fermement la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) et soulignons son rôle essentiel dans la réalisation de progrès à l’issue du cessez-le-feu. Nous mènerons de
concert des réflexions sur la situation après le départ de la FINUL en vue de conduire une coalition internationale en appui au Liban dans ce contexte.
11. Nous réaffirmons notre attachement à un partenariat d’égal à égal avec l’Afrique, réactif face aux priorités des partenaires africains et conforme aux intérêts européens, et nous reconnaissons l’engagement de la France vis-à-vis du continent africain, mis en avant lors du Sommet « Africa Forward » à Nairobi, ainsi que les engagements énoncés par l’Italie dans le « Piano Mattei per l’Africa », tels qu’ils ont été réaffirmés lors du second sommet Afrique-Italie à Addis Abeba, en vue de promouvoir des initiatives coordonnées et qui se renforceraient mutuellement sur tout le continent africain.
Dans ce contexte, la France et l’Italie coopéreront à la mise en œuvre de la stratégie « Global Gateway » de l’UE, en œuvrant ensemble pour garantir une gouvernance claire et efficace pilotée par les États membres dans le cadre de l’instrument « Europe dans le monde » et en promouvant des initiatives conjointes dans une approche « équipe Europe ». La France et l’Italie continueront d’approfondir la coordination de leurs efforts en matière de paix et de sécurité sur le continent africain, en appui des solutions pilotées par les pays africains, dans le cadre de notre partenariat avec l’Union africaine, notamment en ce qui concerne les opérations et les missions de la politique de sécurité et de défense commune.
12. L’aide publique au développement demeure un outil clé pour faire face aux problématiques les plus importantes et pour soutenir une croissance durable, solidaire et résiliente sur tout le continent africain. La France et l’Italie ont l’intention d’intensifier leur coopération en Afrique dans les secteurs clés d’intérêt commun, notamment l’énergie, le numérique, l’agriculture durable et la sécurité alimentaire, la santé, la formation professionnelle et la création de possibilités pour les jeunes, notamment grâce aux cadres de coopération européens communs.
La France et l’Italie réaffirment en outre leur volonté commune de poursuivre leur engagement et leur soutien vis-à-vis des pays touchés par des crises humanitaires sévères, notamment le Soudan, en œuvrant de concert avec les partenaires africains et la communauté internationale pour promouvoir la stabilité, la résilience et le développement à long terme.
Programme relatif à l’Union européenne
Compétitivité
13. Nous appuyant sur les rapports Letta et Draghi, nous travaillerons ensemble pour améliorer la compétitivité et la durabilité de nos économies, tout en garantissant notre sécurité économique au niveau national et au niveau de l’UE grâce à une protection efficace de nos atouts, de nos entreprises et de nos infrastructures essentielles, à l’atténuation des risques dans les secteurs critiques et stratégiques, à la dissuasion, notamment vis-à-vis des formes de coercition, et à une coopération renforcée avec nos partenaires de confiance. Nous soutiendrons la simplification et l’adaptation de l’encadrement des aides d’État par l’UE afin de faciliter les investissements dans les secteurs stratégiques, tout en préservant l’intégrité du marché unique et en garantissant l’égalité des conditions de concurrence parmi les États membres.
Nous sommes déterminés à approfondir et à étendre nos liens bilatéraux économiques, commerciaux et d’investissement, qui sont déjà solides, comme le programme conjoint de Bpifrance et d’Invitalia et le mémorandum d’entente entre Bpifrance et la Cassa Depositi e Prestiti. Comme d’autres partenaires de l’UE, nous sommes déterminés à faire progresser les priorités liées au marché unique, comme l’union de l’épargne et des investissements, notamment avec l’achèvement rapide en 2026 des trains de mesures sur la titrisation et sur l’intégration des marchés et la surveillance, d’après les modalités financières convenues par le
groupe E6. Par ailleurs, nous coopérerons étroitement pour renforcer la compétitivité du secteur bancaire européen, en garantissant que le future programme européen traite d’une manière cohérente l’égalité des conditions de concurrence, la simplification du cadre prudentiel et l’intégration plus avant du marché bancaire de l’UE.
14. Suite à la signature de leur déclaration conjointe définissant un programme commun pour l’industrie et la compétitivité en Europe le 3 mars 2026 et de leur déclaration commune définissant un programme numérique européen commun le 5 mai 2026, la France et l’Italie honoreront leurs engagements conjoints, notamment s’agissant de l’industrie automobile, des industries à forte intensité énergétique, des matières premières critiques, des semi-conducteurs et des secteurs industriels « zéro émission nette ». Une négociation rapide du règlement relatif à l’accélération des capacités industrielles soutiendra la production de biens par l’UE dans ses secteurs industriels stratégiques ; ce règlement sera applicable dans toutes les législations pertinentes, aux achats publics, aux ventes aux enchères ainsi qu’aux régimes de soutien public de l’UE et nationaux.
15. S’agissant plus particulièrement de l’industrie automobile, nous coopérerons pour garantir que la règlementation donne à l’industrie les moyens de satisfaire l’ambition de l’Europe de devenir chef de file en matière de mobilité décarbonée, tout en préservant les emplois industriels en Europe, en tenant compte de la neutralité technologique et du contenu européen. Nous soutenons les propositions visant à stimuler les investissements qui contribuent à consolider une base industrielle solide pour les véhicules de l’avenir au sein de l’UE.
16. Concernant l’aviation civile, nous reconnaissons l’interconnexion de nos bases industrielles et de nos chaînes de valeur ainsi que la coopération fructueuse, notamment dans l’industrie de l’aviation régionale. Nous réaffirmons notre volonté de soutenir la transition de ce secteur vers la décarbonation, notamment grâce aux carburants durables d’aviation, et de garantir le rôle de
chef de file de l’industrie européenne dans cette transition.
17. La France et l’Italie développeront leurs efforts conjoints pour faire face à la problématique des petits colis et de la mode ultra-éphémère, conformément à la lettre conjointe adressée en décembre 2025 à la Commission européenne.
18. La France et l’Italie promouvront une approche européenne conjointe pour préserver et renforcer la compétitivité dans les chaînes de valeur de la mode et du luxe, qui constituent des atouts stratégiques de l’identité culturelle, de l’excellence industrielle et du rayonnement mondial de l’Europe. À cet égard, nous soutenons pleinement le développement de la coopération entre nos fédérations pour la mode et la haute couture.
Énergie
19. La crise énergétique déclenchée par la situation au Moyen-Orient met en lumière la nécessité pour l’UE d’accélérer sa décarbonation, notamment grâce à la diversification de l’approvisionnement énergétique et des sources d’énergie et sur la base du principe de neutralité technologique, afin de réduire aussi rapidement que possible nos dépendances aux combustibles fossiles et de bâtir une véritable autonomie stratégique dans le secteur énergétique, en particulier en mobilisant toutes les sources d’énergie décarbonées, nucléaires et renouvelables, tout en plaçant au premier rang des priorités le développement de chaînes de valeur européennes robustes. Nous avons pour objectif commun le renforcement de nos efforts dans le secteur des réseaux électriques et des interconnexions afin d’améliorer la résilience de nos systèmes énergétiques.
20. Nous saluons notre étroite coopération de longue date dans le secteur de l’énergie nucléaire civile, notamment dans le cadre de l’Alliance européenne du nucléaire et dans la coordination conjointe des projets importants d’intérêt européen commun en matière de technologies nucléaires innovantes, et nous sommes déterminés à renforcer encore notre dialogue, notamment dans les domaines de la recherche et de l’industrie et au sein de l’UE, en vue de permettre de nouveaux travaux conjoints sur des projets communs à long terme. Nous saluons en outre la coopération industrielle croissante sur les petits réacteurs modulaires, qui reflète l’ampleur de notre écosystème industriel et technologique. Nous encourageons de nouveaux efforts conjoints en faveur de solutions européennes relatives aux petits réacteurs modulaires et aux technologies nucléaires avancées, notamment en associant les chaînes d’approvisionnement industriel étendues de la France et de l’Italie et en coopération avec les entreprises qui opèrent dans le secteur des réacteurs de quatrième génération, en vue de soutenir la souveraineté technologique et Industrielle européenne.
21. Nous efforts conjoints viseront en outre à obtenir une révision efficace du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE) pour réduire la volatilité des prix du carbone et atténuer son impact sur les prix de l’électricité, tout en préservant le rôle essentiel du SEQE dans la transition climatique et énergétique grâce à un signal prix fondé sur le marché pour les émissions de carbone qui stimule l’investissement et l’innovation.
Élargissement du l’Union européenne
22. Nous sommes déterminés à renforcer encore notre coopération en matière d’élargissement et de réforme de l’UE et à promouvoir et consolider la paix, la stabilité, la prospérité et la sécurité sur le continent européen. Nous continuerons de poursuivre une approche fondée sur les mérites dans le processus d’adhésion et un traitement égal des Balkans occidentaux, de la Moldavie et de l’Ukraine.
Migration
23. S’agissant de la migration, nous coopérerons étroitement sur la législation clé de l’UE,notamment pour garantir la mise en œuvre effective du pacte sur la migration et l’asile et du nouveau règlement sur les retours. Nous renforcerons la coopération bilatérale au niveau européen dans la lutte contre la migration irrégulière et les réseaux de trafic illicite de migrants, conformément au plan d’action adopté par les ministères de l’Intérieur du G7 en 2024. Nous continuerons de développer la dimension extérieure de la stratégie de l’UE en matière de migration et des partenariats globaux avec les pays d’origine et de transit tiers, en renforçant la coopération opérationnelle, l’échange d’informations et les actions, notamment en Afrique du
Nord et dans la région du Sahel. Nos efforts conjoints seront notamment axés sur une meilleure prévention des flux de migration irrégulière par la route de la Méditerranée centrale et la route de la Manche. Nous reconnaissons l’importance des retours volontaires assistés depuis les pays de transit vers les pays d’origine des flux migratoires.
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