Disparition de Marie-Paule Belle

Communiqué du Palais de l’Elysée :

«  Elle n’était pas parisienne et s’en trouvait gênée. Par son esprit pourtant, son élégance, son indépendance et cette manière unique de faire pétiller les mots au rythme du piano, elle l’était devenue plus que personne.

Chanteuse, compositrice et pianiste, Marie-Paule Belle, s’est éteinte le 25 juillet 2026, à Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 80 ans, laissant derrière elle plus d’un demi-siècle de chansons, de malice et de liberté.

Née le 25 janvier 1946 à Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise, Marie-Paule Belle grandit à Nice. Sa mère, musicienne, lui enseigna le piano et la guitare dès l’âge de trois ans. À neuf ans, elle écrivait ses premiers textes, tendres et loufoques.

Après une maîtrise de psychologie, elle gagna Paris en 1969, à la disparition de sa mère, avec le projet de poursuivre à la Sorbonne une recherche consacrée à « l’angoisse et l’expression ».

Elle choisit finalement d’exprimer l’une et de conjurer l’autre par la chanson.

Sa carrière débuta presque par hasard, lorsqu’un pari passé avec des amis de faculté l’avait conduite à participer au radio-crochet Chapeau, sur Radio Monte-Carlo. Elle le remporta et enregistra son premier disque.

À Paris, elle fit ses débuts dans les cabarets de la rive gauche, de L’Échelle de Jacob à L’Écluse, sur les traces de Barbara. Sur ces scènes intimes, Marie-Paule Belle imposa sa silhouette, son piano et son univers : celui d’une artiste capable de passer de la gravité au rire, de la mélancolie à l’irrévérence, d’une mélodie de Chopin à une chanson saugrenue.

Son premier album lui valut le prix de l’Académie Charles-Cros, celui de l’Académie du disque et le Grand Prix de la chanson française.

Sa rencontre avec Françoise Mallet-Joris fut artistique autant que romantique. L’une écrivit les mots et l’autre leur donna une musique. Ensemble, elles inventèrent des chansons où la délicatesse des sentiments rencontrait l’audace d’une parole libre.

En 1975, Serge Lama, son « frère de spectacle » et son pygmalion, l’emmena sur les routes de France. Puis vint, en 1976, La Parisienne. Une chanson vive, drôle, irrésistible, dont les premières notes suffisaient à faire naître un sourire et qui devint aussitôt l’un des airs familiers de notre pays. Elle lui valut un disque d’or l’année suivante.

Avec Wolfgang et moi, Nosferatu, La Petite Écriture grise, Les Petits Patelins, L’Amour dans les volubilis ou Quand nous serons amis, Marie-Paule Belle déploya un répertoire immense, tendre et fantasque.

Elle savait rire des conventions, contester les rôles assignés et célébrer une liberté féminine.

L’Olympia, le Théâtre des Variétés, les Francofolies de La Rochelle et de Montréal accueillirent cette artiste dont la carrière connut les sommets, les silences, les départs et les retours. Elle joua aussi la comédie au Festival d’Avignon et conçut avec Françoise Mallet-Joris un opéra-bouffe consacré à Lucrèce Borgia.

Fidèle interprète de Barbara, elle fit dialoguer leurs deux répertoires dans le spectacle De Belle à Barbara, unissant leurs voix libres et leur même exigence des mots.

En mai dernier, au Théâtre de Passy, elle voulut faire de ses adieux une fête. Seule devant son piano noir, entourée de ses amis et d’un public conquis, elle interpréta une dernière fois Pays natal, Loin, Nosferatu, J’ai la clef et, bien sûr, une Parisienne.

De ses premiers cabarets jusqu’à son ultime récital, Marie-Paule Belle aura composé une œuvre immense : vingt-cinq albums et plus de quatre cents chansons, dans lesquelles plusieurs générations de Français ont trouvé de quoi sourire, aimer, pleurer.

Le Président de la République et son épouse saluent la mémoire d’une artiste singulière et généreuse, d’une femme libre qui avait fait de l’élégance une espièglerie, de la mélancolie une force et de la chanson un art de vivre. Ils adressent à sa famille, à ses proches, à ses amis de scène ainsi qu’à son fidèle public leurs condoléances attristées.  »

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