Musée de l’Homme souhaite réhumaniser ces collections

Le Muséum conserve une vaste collection de restes humains, parmi lesquels soixante-dix momies.

Depuis des siècles, ces corps préservés suscitent un mélange de fascination et de trouble. Ils sont des memento mori, des rappels puissants de notre propre finitude. Dans un monde occidental où l’on dissimule de plus en plus le corps défunt, où la mort se vit souvent en retrait, les momies interrogent frontalement notre rapport à la disparition et à la mémoire.

Présentes sur tous les continents et à toutes les époques, elles révèlent la diversité des rituels liés à la conservation des corps.
Les momies égyptiennes, soigneusement embaumées pour accompagner l’âme dans l’au-delà, sont les plus célèbres auprès
du grand public. Les Chinchorro d’Amérique du Sud, vieilles de plusieurs millénaires, comptent parmi les plus anciennes jamais
découvertes. Les Toraja d’Indonésie, eux, perpétuent un rituel où les morts continuent de faire partie de la vie quotidienne, veillés, habillés, honorés au fil du temps. Cette diversité de pratiques révèle la créativité des sociétés humaines pour donner sens à la mort, lui offrir une forme de continuité, de présence, ou de passage.

Avec cette exposition, le Musée de l’Homme souhaite réhumaniser ces collections. Derrière chaque momie se trouve une personne, un individu avec ses croyances, ses gestes, son histoire, et un parcours de vie et de mort que l’on peut encore
tenter de retracer. Ces corps ne sont pas des objets : ce sont des témoins. Leur présence dans les musées soulève d’ailleurs
des questions éthiques essentielles, que l’exposition aborde de manière ouverte et responsable.
Les momies sont de véritables capsules temporelles. Elles renferment des informations précieuses sur les sociétés anciennes : leur alimentation, leurs maladies, leurs pratiques funéraires, leurs migrations. Elles constituent en ce sens des archives biologiques de l’humanité, fragiles et irremplaçables, capables de nous éclairer sur ce que nous avons été et, peut-être,
sur ce que nous devenons.

Aurélie Clemente-Ruiz, directrice du Musée de l’Homme

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